La réunification de l'Allemagne

Introduction

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            Malgré la politique de souveraineté limitée qui prend suite à la perestroïka de Gorbatchev, Leonid Brejnev demeure un acteur de la Guerre Froide aussi incontournable que mystérieux. En effet, il semble s'inscrire dans la politique de Détente amorcée par Mikhael Gorbatchev en juin 1987, mais c'est auparavant lui qui a réprimé les aspirations séparatistes en Pologne ou en République Tchèque. Ces même aspirations ont contraint Moscou a reconnaître Solidarnosc lorsque les accords de Gdansk ont été signés le 31 août 1980. Pour revenir un peu sur l'histoire politique de l'URSS qui va influencer le monde entier et qui va faire progressivement basculer les forces mondiales, Leonid Brejnev participe à un complot dans la course au primo-secrétariat du parti soviétique à Moscou. C'est le 14 octobre 1964 que Brejnev, aidé par Kossyguine, Chélépine et Podgorny, fait chuter Kroutchev et accède au poste de premier secrétaire du parti. La politique de Détente atteint ainsi son paroxysme lorsque sont conclus les accords d'Helsinki le 1er août 1975. Par ces accords, chacune des partis s'engagent à respecter l'intégrité frontalière des autres. Etant donné qu'ils sont signé entre 35 Etats dont l'URSS, les Etats-Unis et bien entendu les pays européens, par conséquent cela modifie les actes et tendances diplomatiques jusque là engagées par l'URSS sur le continent européen. Les accords d'Helsinki constituent en réalité le point de départ, mais aussi l'aboutissement, d'une politique pour une autre car ils actent pour la première fois depuis les temps les plus forts de la Guerre Froide d'une souveraineté reconnue aux Etats européens.

C'est dans ce contexte de conquête souverainiste que vont se jouer les batailles pour l'indépendance vis-à-vis du Grand Frère moscovite à partir des années 1985. Le théâtre d'opérations et de tractations diplomatiques qui va concentrer toutes les attentions est inconditionnellement le cas de l'Allemagne et notamment la question de Berlin. Berlin va en effet être une forme de laboratoire pour mesurer l'évolution de la situation à l'échelle européenne et même mondiale par la suite. En effet, dès le 9 octobre 1987, Gorbatchev se déplace à Berlin-Est pour condamner fermement la politique de souveraineté limitée que Brejnev avait déclaré, et ce dans un objectif affiché d'affermissement d'une sphère d'influence pourtant bien affaiblie à ce stade des relations diplomatiques européano-soviétique. Le Rideau de Fer qui s'est abattu sur Berlin, l'Allemagne et l'Europe, le 13 août 1961, commence à être au centre de toutes les discussions. Il est en effet qualifié de plus en plus de mur de la honte par les allemands des deux partis de ce même mur.

Néanmoins, ce n'est que l'année 1989 qui est marqué par une de défaites diplomatiques pour l'URSS. La Hongrie, théâtre d'une violente répression des chars soviétiques en 1956, est cette fois le lieu d'une brèche dans le rideau de fer le 10 septembre 1989 avec l'ouverture de la frontière d'Autriche Hongrie. En effet, Janos Kadar fait l'objet de fidèle à Moscou mais c'est lui qui va amorcer et provoquer la fin de l'influence soviétique en Hongrie.

Nous pouvons alors nous poser la question suivante : En quoi la réunification de l'Allemagne marque-t-elle un tournant dans la redéfinition contemporaine des Etats européens ?

Il conviendra d'étudier pour cela dans une première partie le bouleversement géopolitique que constitue les évènements berlinois, pour ensuite analyser dans une seconde les conséquences diplomatiques à l'échelle européenne qui vont amorcer un certain nouvel ordre mondial et politique.

 

Un bouleversement géopolitique

              Pour comprendre cet affaiblissement au sein de la sphère d'influence diplomatique de l'URSS, il nous faut revenir sur les origines de la constitution de cette même sphère tentaculaire en Allemagne. En effet, l'homme qui est responsable de cette division de l'ancien Reich Allemand est Erich Honecker. Né le 25 août 1912 à Neunkirchen en Sarre, Erich Honecker s'illustre rapidement par son engagement dans les milieux communistes en Allemagne. Puisque le parti communiste allemand se crée en 1919, son père fait partie des premiers à y adhérer. Lui-même y adhère en 1929, mais durant la période de l'autocratie hitlérienne il est condamné à dix ans de prison en 1935.

Son engagement et surtout sa fidélité au régime soviétique de Moscou tient du fait que ce soit les chars rouges qui le libèrent de détention en avril 1945 lorsque le IIIème Reich perd la seconde guerre mondiale. A la suite d'une occupation de plusieurs postes stratégiques certes mais mineurs, Erich Honecker ne s'engage vraiment dans une ascension politique fulgurante que dans les années 1960 lorsqu'il obtient la responsabilité de la Sécurité et de la Défense intérieure de Berlin-Est. Le 13 août 1961, il dirige la construction du mur de Berlin, et reste associé jusqu'à nos jours à cette construction. Enfin, le 3 mai 1971 il est propulsé au poste de Chef de l'Etat et président du Conseil national de Défense de Berlin-Est. En conséquence, nous pouvons dire que la construction de la sphère d'influence soviétique en République Démocratique Allemande repose sur Erich Honecker, ce-dernier jouissant de la toute confiance de Moscou et de la reconnaissance de sa fiabilité.

Néanmoins, à partir des années 1975, les relations en Europe avec l'URSS changent de tournure et deviennent davantage orientées vers une politique. En effet, l'acquisition d'une certaine autonomie politique vs-à-vis du et des partis communistes, devient au coeur des enjeux diplomatiques européens. Après l'épisode de Pologne et la reconnaissance du syndicat indépendant Solidarnosc, l'éviction de Janos Kadar en Hongrie, le mur de Berlin est directement frappé de cet affaiblissement progressif en 1989 en Hongrie. Cet affaiblissement dont nous parlons depuis le début de cette première partie, vient de l'ouest de l'Europe et est plutôt la résultante d'un sursaut national indépendantiste que d'un relâchement de la politique soviétique en Europe. Même si la pérestroïka de Gorbatchev et la politique de souveraineté limitée de Brejnev ont ouvert une faille politique, l'URSS a continué de réprimer avec autant de vigueur les différentes tentatives de soulèvement contre leur domination dans les Démocraties populaires. Le cas de Berlin et de la réunification de l'Allemagne s'inscrit directement dans cette conséquence de changement de diplomatie de Moscou, mais pas seulement. En effet, il s'opère une contagion des mouvements indépendantistes en RDA. Il est d'ailleurs important de relever que ces mouvements sont soutenus par Washington. 

 

            

         Le 9 novembre 1989 est la date marquée par la chute du mur de Berlin. Cette chute implique désormais la reconquête d'une ville unifiée mais aussi d'un pays unifié politiquement. Le processus en est seulement un peu plus long. C'est l'atteinte à un symbole considérable de la Guerre Froide et de la présence soviétique en Europe, tant comme nous l'avons dit la construction du mur est dirigée par le fidèle soviétique Erich Honecker.

 

Cependant, c'est aussi l'évènement majeur qui va porter un coup d'arrêt diplomatique à Moscou. En effet, auparavant grand diligent des tractations en Europe, Moscou ne va plus contrôler les diplomaties dans la nouvelle Allemagne. L'exemple le plus illustratif intervient en mai 1990 lors de la signature du Traité prévoyant une union économique et monétaire entre la RFA et la RDA et dans laquelle Moscou n'a aucune influence ni poids diplomatique. En somme, c'est le fruit d'une diplomatie entre deux entités retrouvées et partiellement réhabilitées. 

 

          

            La chute du mur de Berlin n'est pas seulement la conséquence de transformations diplomatiques en Europe et vis-à-vis de l'Europe de la part de l'URSS, mais aussi et dirai-je surtout c'est sous la pression des manifestations du peuple nombreuses et organisées à Berlin. Ce sont ces manifestations contre le communisme qui font tomber le "mur de la honte". En conséquence, nous pouvons dire qu'il y a une réelle aspiration populaire à la réunification de l'Allemagne et que des décennies de scission n'ont pas altéré le sentiment national allemand, mais c'est ce qui a été le terreau de la reconstruction dans l'unification avec une seule capitale unie également : Berlin.  

 

 

Les conséquences à l'échelle européenne pour amorcer un certain nouvel ordre politique mondial.

           Il faut bien distinguer deux modèles économiques différents selon que l'on se trouvait en République Fédérale Allemande ou en République Démocratique Allemande. En effet, la RFA est forte de ses nombreuses petites et moyennes entreprises et s'inscrit dans la doctrine libérale, celle-là même influencée et prônée par les Etats-Unis. Tandis que la RDA vit sous le joug de la planification économique si chère au modèle soviétique.

Ainsi, la chute du mur de Berlin n'a pas eu que des conséquences stricto politiques et institutionnelles, mais aussi et surtout elle a eu un impact sur l'économie du continent européen. Dès les années 1980, les Etats de l'Ouest amorcent des coups de butoir dans le modèle soviétique appliqué en RDA par, notamment l'adoption de l'Acte Unique le 28 février 1986 par douze Etats européens. C'est par cet acte que les pays européens vont entériner une économie de marché européenne qui va bousculer l'économie de la RDA une fois l'Allemagne réunifiée. Par exemple, la croissance de la RDA durant les années 1980 à 1989 plafonne à 2% du PIB.

Par conséquent, en mars 1990 les premières élections libres se déroulent en RDA et portent au pouvoir Lothar de Maizières. Il s'agit d'un chrétien démocrate, très favorable non seulement à la réunification amorcée par Helmut Kohl le 28 novembre 1989 au Bundestag, mais également à la construction européenne. En effet, les démocrates chrétiens sont à l'échelle de tous les Etats européens les plus favorables à la construction d'une union monétaire, douanière et économique européenne à l'instar d'Alcide de Gasperi en Italie, de Robert Schuman en France. Ceci étant dit, il y a un réel engouement populaire en RDA pour la réunification économique ; on observe notamment dans une manifestation de mars 1990 à Leipzig le slogan suivant :"Si le Deutsche mark ne vient pas à nous, nous irons à lui". 

 

           

            C'est le 31 août 1990 qu'est actée la réunification politique de l'Allemagne par un Traité d'Etat entre les deux gouvernements, et le 3 octobre 1990, la RDA disparait et l'Allemagne ne fait plus qu'une. Cette réunification politique achevée entraine l'émergence d'un nouveau pôle diplomatique entre l'Ouest de l'Europe et Moscou. Par voie de conséquence, les relations internationales se recentrent à l'Ouest et passent beaucoup moins par Moscou, dont l'influence et le poids démocratique baisse fortement à partir de ces dates et de la réunification allemande. Si la réunification correspond à une telle défaite diplomatique pour Moscou, c'est parce qu'il perd sa dernière avant-garde en Europe. L'URSS se retrouve donc isolée sur le plan diplomatique. De ce point de vue, nous pouvons dire que la réunification allemande est un lieu où s'illustre la situation mondiale pour l'URSS et les dirigeants soviétiques. 

 

           

           Avec la réunification allemande c'est non seulement un continent qui est profondément modifié dans sa structure et ses organisations. Mais c'est aussi la fin d'un monde. En effet, la fin de la Guerre Froide va être aussi le moment où les relations internationales vont changer de teneur. Ainsi, d'un monde bipolaire dirigé par les deux leaders internationaux respectifs de l'Ouest et de l'Est, nous allons passer à un monde multipolaire avec notamment l'émergence de plusieurs pôles d'influences géopolitiques dans le monde.

 

Paradoxalement, cette émergence multipolaire va favoriser, en Europe, la construction d'une union monétaire et douanière. Les réticences de Moscou étant hors de portée de conséquences désormais, les constructions supranationales vont pouvoir débuter. Cela est favorisé aussi, et il faut le remarquer par l'arrivée au pouvoir des démocrates chrétiens dans la plupart des pays européens, ou s'ils n'ont pas le pouvoir ils participent activement à impulser cette construction.

 

Economiquement, cette construction a clairement permis à l'économie de marché de triompher en Europe. Les structures soviétiques de RDA doivent se réorganiser et notamment dans la production industrielle nous allons assister à l'essor du secteur tertiaire. En effet Walter Ulbricht avait un bon bilan industriel et économique, avec notamment 5,2% d'accroissement du revenu national. Après la réunification, il a fallu entreprendre une politique de modernisation des structures productivistes.  

 

 

 

 

Conclusion

         En conclusion de ces développements, nous pouvons dire que la réunification allemande a porté le coup de grâce à l'extension de la sphère d'influence de la puissance hégémonique URSS en Europe. Néanmoins, ladite réunification d'Etat n'a non plus favorisé l'autre puissance hégémonique à savoir les Etats-Unis, puisque après 1989, c'est une autre définition des relations géopolitiques qui s'est instaurée et qui a marqué la fin de la bipolarisation du monde. Bipolarisation qui a triomphé durant la Guerre Froide. L'on voit d'ailleurs bien que les Etats-Unis n'ont pas profité plus que cela de la réunification allemande dans le sens où les volontés de construction d'une union douanière et monétaire sont le fruit de tractations intereuropéens.

Toutefois, il convient d'apporter une nuance au propos car les évolutions économiques et commerciales dans la future Union Européenne tendent à s'orienter vers les Etats-Unis plutôt que vers la Russie faisant ainsi de celle-ci la grande perdante de la réunification allemande.  

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