Paris en révolution

Introduction

           « Nous sommes ici par la volonté du peuple, et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes ». Ainsi parle le Comte de Mirabeau lorsque prend fin l’assemblée plénière des députés le 23 juin 1789. Le Comte de Mirabeau est né le 9 mars 1749 au Bignon-Mirabeau. C’est un homme politique qui s’illustre par son engagement lors de la Révolution Française. C’est ainsi qu’il s’affirme en tant qu’orateur lors des débats parlementaires depuis l’ouverture des Etats-Généraux le 5 mai 1789 et que ceux-ci se soient proclamés Assemblée Nationale.

            La société économique et sociale du royaume de France durant le XVIIIème siècle est profondément bouleversée par l’émergence de nouvelles catégories sociales. La bourgeoisie urbaine émerge et prend donc sa place dans le paysage social en faisant naître le monde des robins ainsi que de cloche. Ces deux noblesses viennent concurrencer la noblesse traditionnelle héréditaire. En effet, la noblesse de cloche est liée au caractère anoblissant de certaines charges locale. Tandis que la noblesse de robe compte des membres de la bourgeoisie du grand négoce ou encore des magistrats. La monarchie a tenté de moderniser les institutions économiques et sociales durant ce XVIIIème siècle, mais lesdites tentatives rencontraient l’opposition de ces nouvelles couches sociales. Tous ces éléments font naître un climat d’insécurité morale, économique et fiscale sur le Tiers-Etats. Mais, les bouleversements majeurs sont et demeurent avant tout politiques et institutionnels. En effet, Louis XVI prend la décision de convoquer les Etats-Généraux en août 1788 alors que ceux-ci ne l’avait plus été depuis 1614. Cette décision illustre la crainte considérable que représente les villes pour la monarchie. Ainsi, il est établit qu’une ville dans laquelle des mécontentements gronderaient peut mettre en péril l’ordre royal institué. C’est donc le 5 mai 1789 que les Etats-Généraux sont réunis avec l’obtention pour les députés du Tiers-Etats du doublement du Tiers, ce qui en soi est considéré déjà comme une révolution institutionnelle. Le 17 juin 1789, les mêmes Etats-Généraux se proclament Assemblée Nationale. A ce stade nous pouvons dire que la révolution politique est faite : le transfert de souveraineté entre le Roi et la Nation est consommé. Par ailleurs, il est à présent intéressant de regarder comment les villes et le milieu urbain réagit à ces évènements politiques et à ce coup de force des Etats-Généraux.

            C’est au travers d’un témoignage d’un négociant parisien qui, écrivant à son homologue de Nantes, nous livre concrètement le passage d’une révolution politique à l’insurrection civile dans la capitale française. La lettre est donc écrite par un négociant donc c’est de ce point de vue illustratif du chamboullement social du XVIIIème siècle. Cette lettre est consignée dans un recueil intitulé Etats-Généraux, Journal de la correspondance de Nantes et datée du 18 juillet 1789, soit quatre jours après le point d’orgue de l’insurrection civile parisienne incarné par la prise de la Bastille.

            Nous pouvons nous interroger ainsi sur le regard porté sur les évènements qui surviennent dans Paris à travers le prisme d’un négociant, classe sociale qui a refusé les modernisation entreprise par la monarchie car défendant ses intérêts privilégiés.

            Il conviendra d’étudier pour cela dans une première partie l’état de stupeur du négociant, pour ensuite analyser la lutte contre les symboles royaux. 

I/ Un négociant dans la stupeur

              Le négociant parisien prend la peine de préciser les conditions dans lesquelles il écrit sa lettre tant l’émotion ressurgie de ses propres. En effet, il déclare « excusez le désordre de ma lettre ; il se ressentira celui de ma tête » (L.5). Cela traduit la précipitation dans les évènements de la capitale parisienne. L’on peut penser également que du fait de ses activités négociantes, il était pas possible de voir arriver l’insurrection. En effet, la bourgeoisie négociante ne connait quasiment l’oisiveté contrairement à la Haute noblesse qui a pu observer la dégradation de l’ordre public parisien et éventuellement partir en exil. C’est d’ailleurs une inquiétude et un regret qu’exprime le négociant parisien  d’être au cœur de l’insurrection et de ne pas avoir eu le temps de partir.

             

          « Depuis le renvoi de M.Necker » (L.1). Le négociant de Paris fait allusion ici à la crise politique au plus haut niveau de l’Etat. En effet, Necker est renvoyé par le Roi sous la pression de la Cour et est remplacé par le baron de Breteuil. Ce-dernier montre une farouche hostilité à tout une idée de changement, et se montre intransigeant envers les partisans de la révolution. C’est ainsi que le peuple parisien est appelé à prendre les armes en la date du 12 juillet 1789 par le jeune avocat Camille Desmoulins. En conséquence, ce qui ressort du témoignage du négociant de Paris dans sa lettre est le lien entre les affaires politiques à Versailles et les réactions populaires violentes dans la capitale. C’est ainsi que nous pouvons parler du fait que les agitations populaires parisiennes se sont transformées en révolution dès lors que le peuple se politise à l’aide d’agitateurs idéologiques au premier rang desquels Camille Desmoulins.

            « Les troubles, les attroupements augmentent, les flambeaux s’allument, Paris va être brûlé » (L.36). La réaction populaire fait l’objet de toutes les peurs chez le négociant. Ce sentiment peut s’expliquer par l’activité même du négociant et son appartenance économique et sociale. En effet, si la bourgeoisie négociante s’est opposée à toutes réformes durant la seconde moitié du XVIIIème siècle c’est parce que d’une part elle défend ses intérêts, mais également parce que pour faire prospérer leurs activités, les négociants n’ont pas intérêt à voir l’ordre économique, social et politique bouleversé. C’est ce que nous allons étudier dans un dernier point de cette première partie. 

              

L’auteur de cette lettre est un négociant. Il est donc attaché à un certain ordre social et économique afin de faire prospérer ses activités commerciales. C’est d’ailleurs la catégorie sociale qui, en province comme à Paris, a le plus été hostile à la Révolution et aux soulèvements en accompagnement. Cela s’est traduit par une farouche défense des intérêts des privilégiés. C’est d’ailleurs pour cette raison que le négociant de Paris donne des détails aussi précis sur les troubles à l’ordre public dans la capitale. En effet, écrivant à un autre négociant donc potentiellement ayant les mêmes préoccupations en terme de  prospérité économique et commerciale. C’est ainsi qu’il dit notamment à la ligne 36 « Les troubles, les attroupements augmentent, les flambeaux s’allument, Paris va être brûlé ». La deuxième partie de ce propos révèle effectivement la crainte qui l’envahie depuis la dégradation de la situation dans la capitale. Cette phrase traduit également la peur d’une contagion à toute la France et aux villes provinciales, comme Nantes justement. C’est pourquoi il prévient son homologue nantais. Des précédents de révoltes provinciales sont à déplorer comme le soulèvement de l’Ormée contre la jurade de Bordeaux ou encore les mouvements contre révolutionnaires de Lyon. Tout ceci favorise un climat de peur et de crainte pour des personnes qui sont plus que tout attachées à cet ordre économique et commercial s’étant développé durant le XVIIIème siècle ave l’essor des autonomies urbaines. 

 

         Lors de cette première partie nous venons d’étudier comment le négociant parisien exprimait une stupeur et une crainte devant les évènements politiques et insurrectionnels se produisant dans  la capitale. Crainte expliquée par sa position sociale. Nous allons voir maintenant en quoi consiste concrètement les soulèvements parisiens civils que l’auteur retranscrit avec beaucoup de détails. 

 

II/ La lutte contre les symboles royaux

           « Le Prince entre à bride abattue par le pont-tournant dans les Tuileries, sabre de droite et de gauche des femmes, des enfants, des vieillards » (L.16). Le négociant montre qu’il connait les différents acteurs politiques de la monarchie et des intermédiaires de discussions avec le peuple parisien et ses agitateurs. En effet, les insurgés parisiens se sont organisés. Notamment et surtout en date du 13 juillet 1789 en Garde Nationale. Cette Garde Nationale est une milice civique qui patrouille dans la ville. Sa création constitue une réponse à la répression organisée par le pouvoir monarchique. Il faut souligner en conséquence que le négociant parisien évoque cette milice parisienne parce que certaines villes de provinces envisageront de créer des sections de cette milice. Or, le destinataire étant un négociant de Nantes, nous pouvons donc dire qu’il s’agirait d’une forme d’appel à la vigilance dans cette lettre.

            Par ailleurs, comme nous l’avons déjà souligné, l’auteur de cette lettre connait les causes de l’insurrection et des débordements populaires. Il s’agit d’une catégorie instruite suivant la suite des évènements avec beaucoup d’attention. Toujours dans le but de surveiller l’évolution de l’ordre commercial établit. C’est ainsi que ce qui motive à la surveillance de la situation est non pas un attachement particulier pour la politique du royaume ou la prise de position pour une partie ou une autre, mais surtout dans un contexte de craintes professionnelles. 

             

             Point d’orgue et en même temps une « manipulation » selon les termes de l’historien Jean Sévillia, la prise de la Bastille constitue le moment fort de l’insurrection parisienne mais son déroulement a été progressif. Le négociant de Paris s’attarde avec beaucoup de détails sur cet évènement paroxysmique. « Le peuple s’est porté à la Bastille, se rappelant que, dans les temps de la Fronde, on en avait fait tirer les canons sur lui ; le siège en est résolu ». (L.45). La décision du peuple de se rendre à la Bastille est motivée par le contexte général d’affaiblissement de l’autorité mais aussi par le manque de ressources du fait notamment de la très mauvaise récolte de 1788.

            C’est surtout pour incarner le symbole de l’arbitraire royal que des agitateurs parisiens ont conduit le peuple à la Bastille dans une extrême violence. Le négociant de Paris nous livre ses détails cruels « M.De Launay et les autres bastilleurs sont conduits, couverts de blessures à l’Hôtel de ville, on leur scie, plutôt on leur coupe le col, on promène leurs têtes au Palais Royalet dans les rues de Paris, au bout des piquestrès élevées » (L.54). Ce qui se traduit au travers ses détails c’est l’exaltation et la concrétisation d’une haine pour le pouvoir monarchique, pour tout ce qui touche de près ou de loin le pouvoir royal. Que ce soit des symboles abstraits comme des monuments ou des bâtiments, ou que ce soit des personnes humaines, pourvues qu’elles soient proches de la monarchie ou du roi directement, elles font l’objet d’un déchainement de haine par le peuple parisien conduit par des agitateurs urbains révolutionnaires à l’instar de Camille Desmoulin. Il convient de nuancer l’importance de cette prise de la Bastille car il s’agit surtout d’une symbolique dans une logique d’insurrection car le même Jean Sévilia dans son œuvre histoire passionnée de la France, affirme que la prise de Bastille a libéré « sept prisonniers, dont quatre faussaires, un libertin et deux fous ». Le négociant parisien ne manque d’ajouter le détail qui nous laisse penser qu’effectivement la prise de la Bastille relève davantage de la concrétisation de la haine envers la monarchie que d’une nécessité de libérer les victimes de l’absolutisme par milliers, comme il nous le dit ligne 56 « on promène également en triomphe les canons, les clefs et les prisonniers de la Bastille ». 

              

          Toutefois, le négociant de Paris ne manque de livrer les détails qui témoignent d’une réaction forte de la monarchie dans le soulèvement de Paris. En effet, il nous dit à la ligne 48 « il fait lever le pont et massacrer, dans la première cour, les 200 malheureux ». Il y a en somme eu une résistance armée et violente de la garde de la Bastille contre les assiégeants, celles-ci est d’ailleurs décrite dans la lettre. Or, la réponse de Louis XVI ne se fait pas attendre puisque le 16 juillet 1789 marque un tournant dans la répression pure et dure jusque là entreprise. En effet, le Roi consent à faire adopter la cocarde bleu et rouge et à la porter. Il ajoute toutefois le blanc qui demeure être le symbole de la monarchie. Le roi retire ses troupes de Paris et nomme Bailly comme maire.

            La réponse de la Cour Versaillaise se fait, au final, en demie teinte envers les insurgés. Et surtout en deux temps. En effet, nous avons vu dans cette partie que la haine du peuple était exacerbée par des agitateurs et des orateurs le poussant à une violente insurrection contre les symboles et les personnes incarnant la royauté dans Paris. P            ar ailleurs, le pouvoir Versaillais ayant tout d’abord choisi la confrontation et la répression, nuance et apaise sa réaction à partir du 16 juillet 1789 pour provoquer un affaiblissement des velléités populaires et espérer peut être une reprise de dialogue. Le négociant de Paris livre dans sa lettre une réelle crainte face à cette situation, mais nous fait également part d’un sentiment d’impuissance comme si le cours de la Révolution était jeté et irresistible. 

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