L'Absolutisme, principes et fondements

Introduction

            Le règne de l’Empereur Charlemagne marque, pour bon nombre de juristes, l’émergence d’un concept royal non plus seulement en la personne du souverain mais en la fonction même qu’il incarne. Charlemagne est couronné empereur en l’an 800. Il mène une politique d’alliance du trône et de l’autel. En d’autre terme, le Carolingien incarne le pouvoir temporel qu’il reçoit directement de Dieu. L’alliance du trône et de l’autel permet à Charlemagne et à ses successeurs d’imposer une puissante théocratie chrétienne dans l’empire carolingien.

            Cependant, le Carolingien a également bouleversé les principes héréditaires en vertu de la loi salique. Loi salique, qui rappelons-le est imposé par Clovis et en vertu de laquelle les règles de succession au trône royal comporte les critères de masculinité, primo-géniture entre autre. Le successeur et fils de Charlemagne, Louis le Pieux monte sur le trône impérial en 814.Louis le Pieux a trois fils : Lothaire, l’aîné, Pépin et Louis le Germanique. Louis le Pieux a conscience de la charge dont il a hérité et souhaite façonner par l’innovation institutionnelle les modalités de succession au trône de son défunt père. C’est ainsi que lors de l’Ordinatio Imperi signée en juillet 817 que Louis le Pieux règle juridiquement sa propre succession. A ce stade de nos développements, il est important de comprendre que l’entreprise de Louis le Pieux a au moins le mérite d’être innovante tant elle provoque un heurt entre la conception aristo-germanique du pouvoir et la conception chrétienne de ce même pouvoir. En effet, le Pape soutien le fait qu’à la mort d’un souverain seul son primo héritier doit monter sur le trône, alors que la conception franque soutien davantage un partage du pouvoir entre tous les fils du roi défunt. 

            Les règles de succession étaient bien délimitées et Louis le Pieux fait sacrer ses trois fils en même temps que lui afin de renforcer un peu plus leur légitimité après sa mort. Néanmoins, Louis le Pieux a un quatrième fils d’un second mariage avec l’impératrice Judith, Charles. Judith revendique une part de la succession au trône du carolongien pour son fils.

            En 840, Louis le Pieux meurt. Il laisse un partage du pouvoir inachevé entre ses fils. Juridiquement et après quelques années de conflits et de tractations et à défaut de partager le pouvoir royal, les frères de Louis le Pieux conviennent de partager le territoire impérial. C’est en 842 qu’intervient les serments de Strasbourg. Par ceux-ci, Louis le Germanique et Charles le Chauve, actent d’une non agression. Mais il s’agit que de serments oraux en langue vernaculaire, c’est-à-dire de chaque royaume représenté par leur souverain. Ce n’est que l’année suivante que le Traité de Verdun impose une délimitation du territoire entre les trois frères : Ainsi, Lothaire Ier obtient la Lotharingie ; Louis le Germanique la Francie Orientalis et Charles le Chauve la Francie Occidentalis. De plus, il est retenu dans ledit traité que Lothaire Ier est le seul à pouvoir jouir du titre impérial.

            Nous voyons bien que le concept de pouvoir royal, impérial et de souveraineté a été au cœur des débats et des relations entre les carolingiens. Ces réflexions vont se poursuivre durant toute la période médiévale. Le pouvoir royal va néanmoins connaître une atteinte considérable dès lors que la féodalité fera son entrée dans les liens juridico-politiques.

            En conséquence, sortir de la féodalité, en vertu de laquelle un vassal était entretenu par un suzerain auquel il devait allégeance, sortir de cette féodalité devient presque une nécessité afin de composer un territoire puissant et unifié. Ce qui va propulser cette refondation institutionnelle est l’émergence de la théorie de la mouvance des fiefs par l’abbé Suger. Cette théorie affirme tout net : « Le Roi n’est le vassal de personne ».

            Théorie de la mouvance des fiefs, apparition progressive du concept de Couronne dont les droits sont inaliénables et impersonnels. Toutes ces innovations institutionnels forment l’essor d’un roi qui va s’affirmer en incarnant une fonction, mais aussi l’Etat. C’est l’apparition de l’Etat durant le XVème et XVIème siècle qui va aboutir à une doctrine politique dont Louis XIV en sera l’incarnation : l’absolutisme monarchique.

            Nous pouvons ainsi nous interroger sur l’étude des principes et des fondements de l’absolutisme monarchique et sur la manière dont cette doctrine a permis de maintenir un royaume en expansion et un roi durant le plus long règne de l’Histoire : soixante-douze ans.

I/ L’absolutisme, une théorie politique.

A/ Les fondements

            Pour comprendre ce qu’est l’absolutisme monarchique, il faut étudier la définition du philosophe et homme politique Louis de Bonald. Il dispose : « Le pouvoir absolu est un pouvoir indépendant des Hommes sur lesquels il s’exerce, un pouvoir arbitraire est un pouvoir indépendant de toutes règles ». L’absolutisme est ainsi bien différent d’un pouvoir dictatorial dans le sens où dans une dictature le Chef de l’Etat n’obéit qu’à ses propres règles. Tandis que dans le cadre d’un pouvoir absolu, le souverain détient l’intégralité de la souveraineté entre ses mains, mais ne prend pas nécessairement des décisions émanant de lui-même. Dans la société d’Ancien Régime, l’absolutisme impose un pouvoir indépendant des Ordres et des Corps de la société.

 

B/ Une théorie à l’épreuve du pouvoir

            Louis XIV monte sur le trône royal en 1643, mais connait des débuts difficiles durant La Fronde de 1648 à 1653. Ce n’est qu’en 1661 à la mort du cardinal Mazarin que Louis XIV proclame l’absolutisme monarchique en prenant le contrôle personnel du gouvernement.

            A Vincennes, le 9 mars 1661, Louis XIV déclare devant ses ministres : « Messieurs je vous ai fait assembler pour vous dire que jusqu’à présent j’ai bien voulu laisser gouverner mes affaires par feu Monsieur le Cardinal, il est temps que je les gouverne moi-même ; vous m’aiderez de vos conseils quand je vous le demanderai ; j’aurai d’autres principes dans la gouvernance de mes Etats et la régit de mes finances. » 

 Dans le cas de Louis XIV, l’absolutisme s’impose car après les débuts balbutiants de son règne, il doit montrer et prouver qu’il est digne de représenter la charge qui s’impose à lui.

            En conséquence, nous pouvons dire que les raisons de l’absolutisme sont factuelles et puisent leurs sources dans une pratique du pouvoir. Ce n’est pas un principe hérité d’un autre.

 

II/ L’absolutisme, une doctrine juridique.

 

A/ L’influence de Jean Bodin.

            Jean Bodin est un auteur et juriste du XVIème siècle. En 1576, il publie les six livres de la République. Il ne faut pas entendre le mot république avec notre prisme de contemporain du XXIème siècle. En effet, il s’agit de la chose publique, du bien public et de la souveraineté publique. Cette souveraineté ne doit en aucun cas subir d’atteintes pour qu’elle s’exerce sur l’intérêt public. Il affirme notamment : « déposer la souveraineté en un chef avec une puissance souveraine pour unir les uns avec les autres ».

 

B/ La concentration des pouvoirs pour conserver la souveraineté.

            Comme nous l’avons vu précédemment, l’absolutisme monarchique concerne l’incarnation du pouvoir royal. Il s’agit également d’une répartition des pouvoirs. Répartition qui se résume en une concentration des pouvoirs. Ceci dit, au XVIIème siècle, nous ne parlons pas encore de pouvoir mais préférons le terme de fonction. Ainsi, en vertu des règles de l’absolutisme monarchique, le roi concentre la fonction législative, exécutive et judiciaire.

            Il faut toutefois bien distinguer entre le pouvoir absolu et dictatorial. L’absolutisme n’est pas une dictature. La nuance réside dans le cadre juridique. Le pouvoir absolu répond à des principes et des règles  mais jouit d’une indépendance des Hommes. Le pouvoir dictatorial ne s’inscrit dans aucun principe, si ce n’est celui du chef de l’Etat.

Conclusion :

            En conclusion de ces développement, nous pouvons dire que les principes de l’absolutisme nous ont permis d’expliquer ses raisons d’application. L’enjeu de cette analyse est de faire comprendre comment s’est mis en place une doctrine dont l’incarnation royale a régné en France durant soixante douze ans. Il s’agissait également de faire ressortir la distinction entre absolutisme et dictature. Distinction par le Droit.

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