Les théories de Maurice Barrès

Introduction

« L’affirmation hautaine du moi individuel à la soumission au moi national ». Maurice Barrès est né en 1862 à Charmes-sur-Moselle dans les Vosges. Il est un écrivain, journaliste et homme politique de la fin du XIXème siècle. Il a écrit le Culte du Moi qui débute en 1888 et qui s’achève en 1891 et qui est un recueil de type tryptique de trois œuvres : « Sous l’œil des barbares » en 1888, « un homme libre » en 1889 et « le jardin de Bérénice » en 1891.  

            Il est élu député de Nancy en 1889, avec un programme intitulé « contre les étrangers » et y reste jusqu’en 1893. Par ailleurs, il est le créateur du journal La Cocarde en 1894. Au début de sa carrière politique il est très marqué et influencé dans les mouvances de la gauche (boulangisme).  Lors de l’affaire Dreyfus il prend position pour l’armée et dénonce les compromissions parlementaires. C’est à partir de ce moment-là qu’il va tenter de rendre compatible nationalisme virulent et thèmes socialisants. Ses écrits et sa pensée sont très populaires à l’époque chez la jeunesse, notamment son écrit intitulé « sous l’œil des barbares » qui est l’un des trois romans composant son célèbre recueil de 1888, le Culte du Moi.  

            Il devient néanmoins un ardent nationaliste et sera influent dans la Ligue de la Patrie Française créée en 1899 d’inspiration nationaliste et antidreyfusarde à laquelle il adhère et c’est au sein de cette Ligue qu’il se fera remarquer pour ses convictions faisant muter le nationalisme en véritable doctrine politique aux côtés de son maître à penser Charles Maurras fondateur du nationalisme intégral.

            C’est lors d’un discours à l’occasion d’une conférence à la Patrie Française que le présent texte nous ait proposé d’étudier. Ce discours étant effectué en 1900 c’est-à-dire en pleine effervescence de l’Affaire Dreyfus. Affaire qui a ébranlé les consciences jusque dans les foyers. De même, le contexte général se situe après la guerre de 1870 et les tumultueux débuts de la IIIème République entre contestations institutionnelles et la recherche du coupable de la défaite du Second Empire à Sedan.

            Nous pouvons alors nous poser la question suivante : En quoi la doctrine nationaliste proposée par Maurice Barrès est-elle tantôt une rupture, tantôt une réaction au contexte politique de l’époque ?

            Lors d’une première partie, il conviendra d’étudier l’unité de la Nation selon Barrès, pour ensuite dans une seconde partie analyser la doctrine nationaliste Barrèsienne et les principes institutionnels qu’elle prône, pour enfin dans une ultime partie appréhender le péril national tel qu’il est définit par Maurice Barrès.

I/ L’unité de la Nation

A/ La formation d’un consensus national

            L.4 et 5 « Nous devons commencer disai-je par comprendre les causes de notre affaiblissement ». Dès ce propos, il nous ait témoigné de la volonté pour Maurice Barrès de poser le diagnostic d’un problème qui, selon lui, s’impose à tous. Par ailleurs, ledit problème est inculpé être un « affaiblissement », c’est-à-dire qu’il y a un effet négatif, que la France ou, pour reprendre le lieu de la conférence, que la Patrie Française subie un affaiblissement. Nous voyons qu’il incombe donc à Barrès de former ce consensus national autour de l’existence de cet affaiblissement.

            Ainsi, lorsque  l’Immortel académicien veut citer ses exemples d’affaiblissements, c’est l’affaire Dreyfus qui ressort sans ambigüités. En effet, à la ligne 6 il dit « l’affaire Dreyfus n’est que le signal tragique d’un état général ». L’on peut d’ores et déjà s’arrêter sur le propos « signal tragique d’un état général » ce qui reviendrait à dire que l’affaire Dreyfus n’est que la partie émergée de l’iceberg. En somme, qu’il existe un décrépitement national et qu’il incombe au peuple de se mettre d’accord dessus afin d’en trouver la solution.

            En conséquence, nous constatons que Barrès a la volonté oratoire de provoquer les foules, son auditoire en citant l’affaire Dreyfus et l’associant à l’affaiblissement afin de justifier ses volontés de consensus national. Cependant, il va également détailler les raisons pour lesquelles il explique son pessimisme concernant ses vœux.

 

B/ Le refus de la division

            La division est sans nul doute la raison principale qui empêche la formation d’une nation unie et rassemblée afin de lutter contre la décadence. La division du peuple comme il nous l’affirme à la ligne 10 « notre mal profond, c’est d’être divisés, troublés par mille volontés particulières, par mille imaginations individualistes ». Plusieurs éléments dans ce propos. Tout d’abord, il entend par « mille volontés particulières » les ambitions personnelles et professionnelles avec le triomphe du libéralisme politique mais aussi économique et industriel ; l’on retrouve la critique de Maurice Barrès contre le capitalisme qu’il accuse de détourner le peuple de l’intérêt national au profit de l’intérêt purement privé et professionnel. Cela est renforcé par les « mille imaginations individuelles ». De plus, Barrès déplore cette division du peuple non seulement idéologique, mais également économique avec l’essor du capitalisme qui détourne les individus de l’économie nationale pour privilégier l’économie entrepreneuriale et capitalistique.

            Par conséquent, Maurice Barrès explique les divisions qui menacent le peuple et qui l’empêchent d’agir collectivement dans le but national. Néanmoins, faute n’est pas seulement celle du peuple, mais nous allons voir que Barrès fustige également l’absence de vision politique au plus niveau de l’Etat.

                       

C/ Un Chef au service de l’intérêt national

            Maurice Barrès a une connaissance des régimes politiques européenns, et notamment nous pouvons le supposer, celui de la Prusse. « ces nations où tous les mouvements sont liés, où les efforts s’accordent comme si un plan avait été combiné par un cerveau supérieur » (L.15-17). C’est précisément sur ce propos que Barrès fait référence à Bismarck tant celui-ci est le dirigeant charismatique ayant mis l’aura dont il jouissait au service d’unification nationale et même l’unité nationaliste des Etats Germaniques, au demeurant clairsemés.

            Or, la position de Maurice Barrès s’explique dans son engagement politique lorsqu’il rejoint la Ligue de la Patrie Française mais aussi et surtout lorsqu’il soutient le général Boulanger dans son entreprise de Coup d’Etat sur fond de bonapartisme exalté, même si ce soutien est davantage une réaction à l’ordre institutionnel établi plutôt qu’à une effervescence nationaliste de sa part.

            En conséquence, par la frénésie d’une nation unifiée derrière un chef charismatique, ainsi que nous l’avons analysé dans cette première partie, nous allons à présent appréhender le fait que Barrès pose les principes doctrinaires du nationalisme afin d’en faire une idéologie politique servant les intérêts de gouvernance étatique.  

II/ Le nationalisme : une doctrine et un modèle politique exaltés

A/ La critique de la « République des bavards »

            Comme nous l’avons vu précédemment, Maurice Barrès ne critique pas seulement les attitudes du peuple au travers de la montée du capitalisme. En effet, il s’inscrit dans un ensemble de critiques institutionnelles qui émergent depuis la défaite de la France Bonapartiste  face à la Prusse Bismarckienne. L’historien Francis  Démier dans son œuvre relative à la France du XIXème siècle insiste sur le fait que « la défaillance de la République, face à l’Allemagne, est alors attribuée non plus seulement, à son enlisement dans le système parlementaire, mais à la démocratie elle-même. ». Barrès déclare notamment « l’après-guerre étant incertaine, le Gouvernement est incertain », à travers cette maxime, il s’inscrit dans son contexte institutionnel de l’époque à laquelle il est contemporain. C’est ainsi que Barrès développant l’idée de décadence nationale, critique bien évidemment la « République des bavards » pour paraphraser Charles Maurras, et sa manière de désigner le régime parlementaire.

            Par ailleurs, lorsque Maurice Barrès énonce « il n’y a point de race française, mais un peuple français, une nation française, c’est-à-dire une collectivité de formation politique », il exprime d’une part un paradoxe avec sa pensée en feignant de fustiger le peuple français assemblé en nation et non en race, mais d’autre part il nourrit une critique de la multiplication des partis politiques à partir de 1871. En somme, à l’instar de Gustave Le Bon, Taine ou encore l’inénarrable Drumont, Maurice Barrès attribue à la décadence de la Patrie Française la diffusion de multiples idées politiques et notamment en témoignant d’une profonde et farouche aversion pour le socialisme et l’anarchisme. De ce point de vue là, Maurice Barrès se conforme à un certain primo-bonapartisme en vertu duquel il est prôné la dissolution de tous les partis.

           

B/ Une France traditionnelle et identitaire pour trouver son Salut

            « Oui, malheureusement, au regard des collectivités rivales et nécessairement ennemies dans la lutte pour la vie, la nôtre n’est point arrivée à se définir elle-même. » (L.30-33). C’est ainsi que de l’exaltation d’un peuple fondé sur une race on arrive à l’affirmation d’un nationalisme racial et identitaire. Pour Barrès, un territoire, une race, une nation. De même que Barrès prône le culte des morts, l’attachement à la terre des ancêtres et est un régionaliste. C’est d’ailleurs intéressant de s’arrêter sur ses conceptions régionalistes tant il a débuté sa carrière politique aux côtés de Boulanger qui était un homme de gauche jacobin par essence.  

            C’est également le contexte de l’émergence de la notion de race, de théories biologiques de Gobineau dans Essai sur l’inégalité des races humaines

            C’est ainsi que Maurice Barrès reprend pour tenter de formaliser son idéologie de nationalisme racial et identitaire, en se fondant sur les théories scientifiques. C’est comme si tous les domaines scientifiques se mettaient au service de l’affirmation d’une France identitaire et raciale. En effet, la presse et les écrits politiques et idéologiques de nombreux contemporains de Barrès le font à l’instar des écrivains Renan, Gustave Le Bon, ou encore le journaliste Edouard Drumont dans la « libre parole ».

            En conséquence, Barrès concevait le nationalisme comme étant fondé sur le déterminisme phisiologique c’est-à-dire du sang. Cette vision qui est la sienne est le fruit de longues rélfexions puisque c’est sous l’influence de Jules Soury, qui est un scientifique ayant dispensé l’enseignement physiologique et biologique,  qu’il est amené à théoriser ce nationalisme si non racial, du moins ethnique.  

             

C/ Les références institutionnelles du nationalisme

            « Tel d’entre nous peut bien trouver que la Révolution nous a déviés de nos voies  les plus aisées et les plus heureuses, tel autre peut regretter que le Premier Consul ait, par le Concordat, replacé la France sous l’influence de Rome. » (L.63-65). Il s’agit là  d’une citation de Maurice Barrès qui nous indique l’idéologie de celui-ci en tant que manifeste de ses efforts pour faire une synthèse des thèmes présents et developpés dans les sphères réactionnaires, catholiques, bonapartistes ou encore jacobino-boulangistes. Et d’ajouter « nous trouverons un profit plus certain à nous confondre avec toutes les heures  de l’histoire de France » (L.70-71). Vraisemblablement, ce propos nous permet d’insister encore une fois sur l’essence du Barrèsisme au sens d’une synthèse idéologique.

            S’en suit une longue tirade explicite de Barrès de  la ligne 76 à 82 dans laquelle il rappelle qu’il n’existe pas une France idéologique mais plusieurs et que c’est par la concordance et, une nouvelle fois, le compromis entre toutes ces idéologies que le Salut de la France sera atteint. Néanmoins, il peut s’agir aussi d’une recherche du régime politique qui est capable de rassembler l’ensemble du peuple actuellement divisé en plusieurs idéologies. C’est pourquoi nous pouvons expliquer le parcours politique de Maurice Barrès hétérogène. De même que le général Boulanger avait en son temps rallié à sa cause aussi bien des nationalistes au sens doctrinaire du terme, que des individus se réclamant de l’extrême-gauche, car il a été capable d’insister sur une dénonciation commune : le parlementarisme républicain.  C’est cela que Maurice Barrès théorise dans son discours à la Patrie Française.

            Par conséquent, dans cette deuxième partie nous venons d’analyser comment le nationalisme est présenté sous forme de doctrine et modèle idéologique appliqué au régime politique, et comment Maurice Barrès légitime ses convictions en faveur de la construction de ce nationalisme.

III/ Le péril national tel qu’il est définit par Barrès

A/ Le concept d’ennemi intérieur et la crainte des menaces internes

            Il est, dans le nationalisme irrédentique développé par Barrès, un concept qui est repris par d’autres doctrinaires proches du « nationalisme intégral ». Ce concept c’est celui de l’ennemi intérieur qui a atteint un niveau paroxysmique après l’affaire Dreyfus dans la personne du juif d’abord et avant tout puis progressivement décliné dans les figures étrangères, immigrées. Barrès attribue à l’affaire Dreyfus une « pleine importance » (L.45-46).

            De même que, par le fait que Maurice Barrès évoque et prône un nationalisme racial, cela implique une conception de l’accès à la nationalité qui y est associée, c’est-à-dire réduite et complexe. Ceci expliquant le culte des morts et des ancêtres.

 

B/ Le nationalisme Barrèsien et les nationalismes

            Comme nous le voyons à la ligne 27-28 dans lesquelles Barrès déplore l’inexistence de « race Française » mais seulement « un peuple Français, une nation Française », ce-dernier se positionne plutôt  dans un nationalisme tel que le définit a contrario le théologien prussien David Friedrich Strauss, c’est-à-dire faire prévaloir le droit des races et de l’irrédentisme à l’entité nationale,  plutôt que dans la version développée par Renan qui affirme au sus-dit Friedrich Strauss lors d’une polémique « Notre politique est celle du droit des nations, la vôtre est celle des races ». En conséquence, nous pouvons dire que Maurice Barrès s’oppose au droit des nations pour y préférer le droit des races et s’oppose donc à la conception d’Ernest Renan.

 

            Néanmoins, par son soutien au général Boulanger, appelé le « général revanche », Maurice Barrès développe également cet esprit revanchard  qu’il utilise dans sa doctrine nationaliste et c’est ce sentiment qui est de plus en plus exalté parmis les masses populaires vis-à-vis de l’Allemagne et des provinces perdues. 

           

C/ La dimension propagandiste de la doctrine nationaliste

            Il s’agit d’un discours de Maurice Barrès. En somme, c’est donc un texte qui a des objectifs de convictions voire de persuasion pour les destinataires. Or, quand Barrès expose que « le nationalisme, c’est de résoudre chaque question par rapport à la France » (L.39). L’écrivain Lorrain impose donc sa vision propagandiste de sa doctrine nationaliste. En effet, les doctrinaires nationalistes utilisent l’attachement au sol et au sang pour justifier de l’importance accordée à la Patrie. Ainsi, Barrès en affirmant qu’en vertu du nationalisme chaque question, chaque problème qui se pose à la France doivent être résolues en fonction de ladite France, il pose bien les fondements d’une doctrine. Aussi, en ramenant tout à la France, Maurice Barrès est dans une des logiques idéologiques du nationalisme qu’il développe parce qu’effectivement cette doctrine prétend tout résoudre et adopter toutes les solutions aux problèmes pourvues qu’elles soient dans l’intérêt de la nation uniquement.

 

2 votes. Moyenne 5.00 sur 5.

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

×